Specis / Positions / Art.20091230 Transférer mes compétences ? Non, merci !

Transférer mes compétences ? Non, merci !

On entend de plus en plus souvent parler de transfert de compétences. On a vu des transferts de l’outil de travail avec les machines outils déménagées en catimini vers d’autres cieux, des transferts de technologie, condition sine qua non pour obtenir de nos jours un marché en Chine, et maintenant, voici le transfert de compétences. Cela parce un « financier », armé de son tableur a brillamment trouvé que si l’on fait faire notre métier par « un salarié d’un pays émergeant », sa marge sera plus grande, les actionnaires seront contents et par là même il obtiendra un meilleur bonus ! C’est à peine résumé. Le financier peut aussi bien être le client que le fournisseur, le raisonnement reste le même.

Mais cette fois, l’affaire est différente ! Si le grand groupe financier (pardon, …industriel) était peut-être bien propriétaire de ses machines ou de ses technologies, il en va tout autrement des compétences. Nos compétences nous sont propres ! Elles sont le fruit de nombreuses années de travail et font partie intégrante de notre cerveau ! En ces temps de loi Hadopi, on peut même dire que nos compétences sont notre propriété intellectuelle. Il n’est pas question de les dupliquer, de les pirater, de nous en dépouiller ! Si nos chers dirigeants ou nos clients veulent exporter nos métiers, qu’ils ne comptent pas sur nous pour coopérer dans ce pillage. S’ils veulent faire faire leurs développements, leurs tests, leurs maintenances ailleurs, ils ont la documentation, qu’ils s’en servent ! Les sociétés détiennent les dossiers et les produits aboutis de nos tâches mais surtout pas nos connaissances personnelles et encore moins nos cerveaux ! S’ils veulent des gens compétents, c’est nous, c’est ici, ce n’est pas en offshore. Nos compétences nous appartiennent, bas les pattes !

Mais dans la pratique, que faire ? L’idée est d’inventer la grève du transfert de compétences ! Après tout, transférer notre compétence ne peut se faire contre notre gré. Messieurs nos futurs remplaçants, vous voulez comprendre tous les tenants et aboutissants de toutes nos années d’amélioration de notre savoir faire ? Soit ! La doc est dans l’armoire, voire chez un archiveur professionnel, débrouillez-vous, prenez votre temps. Certes, le développeur « à bas cout » que sa société envoie en France pour « acquérir la compétence » n’y est pour rien, ça va tomber sur lui mais tant pis ! A partir de maintenant c’est lui ou nous.

Mieux que la grève du zèle, la grève du transfert de compétence peut vraiment avoir de l’influence sur la politique d’une entreprise. Mais le mot grève est mal adapté, car en fait il ne s’agit pas d’arrêter de travailler, il s’agit simplement de ne pas faire une tâche très particulière pour laquelle nous n’avons été ni formés, ni préparés.

Certains d’entre nous, salariés de SSII, ont certainement déjà été sollicités pour former leur successeur, soit parce qu’ils étaient appelés à de nouvelles fonctions, soit, plus fréquemment, parce que le projet (généralement une TMA) a été transféré à une nouvelle équipe, ou à une autre société ! Dans ce dernier cas, nous pouvons naïvement nous poser des questions sur la qualité de notre travail puisque le client a décidé de changer de prestataire. Rassurons-nous, la qualité n’est pas en cause ! C’est uniquement le cout ! C’est donc bien le client final qui est la cause de ces transferts à force de vouloir toujours obtenir la même chose pour moins cher. Et bien, décrétons que c’est terminé ! Nous en avons la possibilité : le non-transfert de compétences.

Ces fameux clients n’étant pas tombés de la dernière pluie, ils incluent la plupart du temps dans les contrats de TMA une clause de transfert de compétences à l’issue de la durée de cette TMA. Mais ce n’est pas vous, personnellement, qui avez signé cette clause. Elle n’est pas dans votre contrat de travail. Alors, contentez-vous du minimum : transférez les fichiers, les mots de passe et la documentation un point c’est tout. Les astuces, votre vision des choses et des interlocuteurs, vos façons de traiter les problèmes, vos connaissances, votre savoir faire, tout ce qui n’est pas écrit, vous le gardez pour vous ! Personne n’est dans votre tête pour constater que vous retenez de l’information. N’expliquez pas les difficultés que vous avez rencontrées, les erreurs, les essais, les idées que vous avez retenues ou pas, etc., tout cela, c’est votre expérience, votre savoir, ça ne se transmet pas. Tout le reste, c'est-à-dire la photographie du projet dans son état actuel, doit normalement être tracé.

Quelles seront les conséquences ? Tout simplement une baisse de la qualité de la prestation. Car même avec toute la bonne volonté du monde, un transfert de compétence conduit toujours à une perte d’information. Là, ce sera pire. Le client a voulu payer moins ? Il aura une moins bonne prestation. Il devra la compenser par des dépenses supplémentaires et un équilibre sera alors peut-être trouvé… Il n’est plus question de dire : « Je transfère mon savoir, de toutes manières j’en avais assez de ce projet, je tourne la page et je passe à autre chose ». Il n’y aura bientôt plus d’autres choses ! Les autres choses seront faites ailleurs !

Salariés de toutes les sociétés de service, unissez-vous ! Faites front ! Vos compétences sont votre richesse, votre avenir, votre emploi, ne les bradez pas ! Un jour, votre employeur comprendra aussi, peut-être, que vos compétences font aussi la richesse de son entreprise… Faites-le aussi pour vos enfants, pour qu’ils aient un jour du travail en France ou en Europe.

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