UNSA Magazine N°137 - Juin 2011
Il faut augmenter les salaires
Il est des moments où, pour pouvoir résoudre un problème, il faut commencer par l'exposer clairement. Il en est ainsi de la question salariale dans notre pays. Alors, disons-le sans détour : il existe un VRAI problème salarial en France. Et le retour de l'inflation (sans doute aux alentours de 2 % en 2011) ne fait que grossir cette évidence. D'autant que cette hausse des prix affecte spécifiquement des produits qui sont au cœur des dépenses contraintes des ménages : énergie, carburant, denrées alimentaires de base, loyers…
Du coup, le pouvoir d'achat de millions de nos concitoyens est percuté de plein fouet, avec des conséquences qui peuvent être catastrophiques pour les revenus les plus faibles. La Banque de France avait recensé 783 000 ménages en surendettement en 2010. Elle fait état d'une accélération inquiétante pour 2011 : 17 % de dossiers supplémentaires en février 2011 par rapport à décembre 2010.
La présidente du MEDEF, elle-même, a fini par reconnaître l'existence d'un problème de niveau salarial. Et le gouvernement ? Plutôt que d'aborder de front le problème des salaires, il a trouvé cette idée de prime pour les salariés des entreprises augmentant leurs dividendes.
Elle ne concernerait, sous des formes et pour un montant divers, qu'à peine quatre millions des 16,4 millions de salariés du privé et aucun des 5,2 millions de fonctionnaires. Autrement dit, pour 81,5 % de celles et ceux qui vivent de leur salaire et ont tout autant besoin qu'il soit amélioré, c'est : « circulez, y'a rien à voir » !
A l'UNSA, nous n'acceptons pas ce raisonnement. Oui, face à l'inflation, l'augmentation des salaires est indispensable.
Pour cela, chacun doit assumer ses responsabilités :
- l'Etat, en augmentant le point d'indice des fonctionnaires et en revalorisant le SMIC au-delà de ce que la loi lui imposera,
- le patronat, en ouvrant de véritables négociations salariales dans les entreprises,
- les syndicats, en réalisant l'unité dans l'intersyndicale sur cette question.
Avoir un revenu décent pour vivre est tout simplement légitime. Mais redonner des marges de pouvoir d'achat fait aussi partie des réponses économiques. La bonne surprise d'une croissance de 1 % pour ce premier trimestre 2011 ne doit pas cacher qu'elle reste fragile, car essentiellement liée à des mesures conjoncturelles qui ont stimulé la production manufacturière. En France, la consommation, plus qu'ailleurs, a toujours été un moteur fort de la croissance. Pour la consolider, les gains de pouvoir d'achat sont un stimulant indispensable.
Luc Bérille
Secrétaire général
