UNSA Magazine N°136 - Avril-Mai 2011
« Compétitivité » n'est pas un gros mot
La compétitivité cannibalise désormais les discours et les politiques. Le gouvernement français, engagé dans une comparaison permanente avec l'Allemagne, dit en faire l'ossature de son action économique. Ainsi, c'est en son nom qu'est motivé le « pacte Euro » adopté par l'Union européenne, sur proposition franco-allemande.
Pour l'UNSA, « compétitivité » n'est pas un gros mot. Dans une économie mondialisée, la capacité des entreprises à être présentes sur les marchés intérieurs comme internationaux conditionne en partie l'emploi. Les salariés ne peuvent donc s'en désintéresser. Mais encore faut-il l'aborder dans toutes ses dimensions, sans la réduire à la seule question des coûts salariaux et de la protection sociale qui s'y rattache.
Alors, des coûts, chiche pour en débattre ! Mais dans le cadre de la répartition de la valeur ajoutée qui comprend aussi la rémunération des hauts dirigeants et des actionnaires. Chiche aussi pour traiter de la qualification des personnels, de la structure des entreprises et des filières, du dialogue social, de la politique de recherche-développement, de la fiscalité et de l'investissement… Chiche, car ces facteurs influent autant, et souvent plus, sur la compétitivité que ce que montrent des aprioris bloqués sur les seuls coûts salariaux.
Mais il arrive que la réalité soit cruelle pour l'idéologie. L'Agence Française pour les Investissements Internationaux signale, en 2010, un boom de 22 % de l'investissement étranger dans notre pays, où plus de 20 000 entreprises étrangères emploient plus de 2 millions de personnes. Dans une France soi-disant accablée par les charges, les salaires et les impôts, ces capitaux s'engloutiraient-ils par pur masochisme ? Osons une explication plus terre-à-terre : une main d'œuvre qualifiée, des infrastructures solides et modernes, des services publics de qualité, un positionnement au cœur du marché européen, une société à forte cohésion sociale… Ces atouts, qui mettent la France au 3ème rang mondial et au 2nd rang européen pour l'accueil des investissements étrangers, fondent l'attractivité et la compétitivité de notre économie.
Pour l'UNSA, avec la CES, ce sont eux que la France et l'Europe doivent développer dans l'intérêt des salariés.
Luc Bérille
secrétaire général de l'UNSA
