UNSA Magazine N°135 - Mars 2011
L'efficacité syndicale aujourdhui
Il arrive que lors de débats ou de simples rencontres avec des salariés me soit posée une question extrêmement simple : « à quoi sert le syndicalisme aujourd'hui ? ».
Le fait que cette question revienne souvent, prouve la distance qui existe entre nombre de salariés et les syndicats, entre ce que vivent les salariés et le rôle que les syndicats jouent dans leur quotidien. Cette interrogation que nous pouvons considérer comme incongrue et injuste, nous devons pourtant l'entendre et surtout … y répondre.
Et il ne suffit pas d'expliquer que c'est au syndicalisme que l'on doit, historiquement, une grande partie des conquêtes sociales de ce pays, pour emporter l'adhésion.
Nous devons démontrer que le syndicalisme est efficace et pourrait l'être bien davantage encore dans l'avenir.
Trop souvent, le syndicalisme se cantonne sur le seul versant protestataire ; trop souvent dans notre pays, nous pensons qu'il suffit de dénoncer une injustice pour qu'elle cesse. Nous devons oser le syndicalisme de propositions !
Sur quoi repose l'efficacité que nous voulons pour notre syndicalisme, dans cette période de crise, dans une économie mondialisée ?
Réparer d'abord dans les entreprises, les administrations et les territoires, les dégâts que la crise occasionne sur les femmes et les hommes : plans sociaux, souffrances au travail, précarité qui touche aussi bien le secteur privé que le secteur public.
Et dans ce domaine, nous n'avons aucune honte à affirmer que nos syndicats jouent pleinement leur rôle...là où ils sont.Mais cette efficacité ne peut pas être concentrée sur une seule partie du salariat.
Un énorme chantier est devant nous : reforger nos identités syndicales non seulement autour des salariés du secteur public, non seulement autour des salariés en CDI des grandes entreprises mais aussi autour des salariés de ces petites et moyennes entreprises qui se sentent souvent abandonnés et dont les conditions de travail sont parfois déplorables. Et dans ce domaine sont particulièrement visées les entreprises sous-traitantes de grands groupes.
Les prochaines élections dans les TPE(*) en décembre 2012 doivent être pour nous l'occasion historique d'aller à leur rencontre et de leur proposer de nouveaux droits, autour du contrat de travail, de la formation, des services,…
Cette efficacité dépend aussi des propositions que nous pouvons faire tant sur le plan national qu'européen. Elaborer ces propositions est indispensable si nous voulons que le syndicalisme puisse mettre en place une stratégie autonome adaptée au monde du travail aujourd'hui. Nous devons éviter deux écueils : rester figés sur un modèle social, fût-ce celui de l'après-guerre ; verser dans un modèle où l'individu prime sur le collectif, où la rentabilité l'emporte sur la solidarité. Notre outil : un grand pôle syndical réformiste comme le congrès de Pau nous a mandaté. Cet éditorial est pour moi le dernier. Ayant occupé les fonctions de secrétaire général de l'UNSA pendant dix-sept ans, il m'a paru sage de passer la main. Le 17 mars prochain, lors de son Conseil national, l'UNSA se donnera un nouveau secrétaire général. Il bénéficiera bien sûr de tout mon soutien.
J'adresse donc à toutes les lectrices et tous les lecteurs de l'UNSA Magazine un dernier salut amical et fraternel. Quant aux militantes et aux militants ainsi qu'aux adhérents de l'UNSA, je les remercie pour la confiance qu'ils ont bien voulu me témoigner durant toutes ces années.
Bien cordialement.
Bagnolet, le 15 février 2011
(*) Très Petites Entreprises
