Soyons ambitieux pour la formation professionnelle
En avril 1792, Condorcet déclarait à l'Assemblée nationale législative « diriger l'enseignement de manière à ce que la perfection des arts augmente les jouissances de la généralité des citoyens et l'aisance de ceux qui les cultivent, qu'un plus grand nombre d'hommes deviennent capables de bien remplir les fonctions nécessaires à la société et que les progrès toujours croissants des lumières ouvrent une source inépuisable de secours dans nos besoins, de remèdes dans nos maux, de moyens de bonheur individuel et de prospérité commune ».
A l'époque, tout était à créer, à inventer. L'ambition d'une instruction publique de qualité pour tous était de mise et les prémisses d'une formation professionnelle performante, à l'image des besoins de notre économie et de l'épanouissement des hommes étaient jetées.
Aujourd'hui, plus humblement, après plus de trois siècles, la nouvelle loi du 24 novembre 2009, relative à l'orientation et à la formation professionnelle tout au long de la vie se met « doucement en place ». La simplification du système, qui devait être la base de ce texte est depuis longtemps oubliée. L'objectif de former les plus fragiles, les plus éloignés de l'emploi semble toujours aussi difficile à atteindre. Le nouveau droit à l'orientation est à l'état embryonnaire et le côté politique du dossier semble prendre l'ascendant.
Après la main mise de l'Etat sur le contrôle d'une partie des fonds du paritarisme et la ponction du FPSPP, après la création d'une convention entre l'Etat et les OPCA, les Conventions d'objectifs et de moyens entre l'Etat et les Régions, concernant l'apprentissage, semblent être le point d'achoppement. L'Etat décentralisateur sur les missions et recentralisateur sur la gouvernance et les moyens a encore de « beaux jours » devant lui.
La formation tout au long de la vie est certainement un concept qu'aurait apprécié Condorcet surtout dans la voie d'une égalité des chances donnée à chaque citoyen et salarié de notre pays. Entre le concept et la réalité, le chemin semble encore long pour réaliser l'ambition de 1792.
