Première matinée économique de l'UNSA
Matinée du 8 décembre 20101ère rencontre économique de l'UNSA organisée le 8 décembre 2010
CRISE – SORTIE DE CRISE : Où en est-on ?
Intervenants : • Gérard Cornilleau, OFCE : Office Français des Conjonctures Économiques ;• Jacques Freyssinet, Centre d'études de l'Emploi, ancien Directeur de l'IRES ;• Ronald Janssen, Confédération européenne des syndicats.
Vous trouverez ci-dessous une synthèse des principaux points abordés par les participants, pour une approche plus aisée les supports audiovisuels sont joints, tandis des liens renvoient vers les analyses plus fouillées mais d'un abord plus complexe.
LA CRISE : NI DEPASSEE NI ERADIQUEEPour le gouvernement : s'il y a bien eu une crise, d'une ampleur historique, elle est derrière nous. Il est donc possible de fonctionner « comme avant » : les Etats doivent donc cesser d'intervenir et les marchés retrouver leur rôle régulateur.Pour les trois invités de l'UNSA, c'est tout le contraire : la crise n'est pas terminée et même par certains côtés ne fait que commencer tandis que l'absence de risque de rechute n'est pas garantie. Tous trois favorables au maintien de mesures de soutien, ils s'inquiètent du lancement coordonné de politiques d'austérité. Tous recommandent des actions européennes communes mais constatent qu'elles ont toujours tendance à ne figurer que dans les revendications et sont défendues sans grande conviction quand il s'agit de passer à l'opérationnel. Là c'est toujours le niveau national qui prévaut.
1. Sommes-nous dans une phase de « sortie de crise » ? Quelles conséquences des choix de politique économique effectués en France et en Europe sur notre régime de croissance à moyen terme ? Gérard Cornilleau (Office Français des Conjonctures Économiques), commence son intervention sans laisser de doute : « La crise n'est pas finie, elle ne fait que commencer ».• La France a connu une forte baisse de sa production totale, mais pas de sa production par tête ;• Un risque de déflation n'est pas écarté ;• La crise a été amortie grâce aux dispositifs d'indemnisation, mais ceux-ci vont arriver massivement à échéance ;Les politiques économiques sont alors nettement orientées vers la stabilisation, ce qui ne peut se faire sans creuser les déficits budgétaires. Les politiques de relance (2008/2009) atteignent 2 % de la richesse nationale (PIB), contre seulement 0,5 % en Allemagne. En fait, l'Allemagne est en décalage et son niveau de relance est plus prononcé maintenant, ce qui en fait, contrairement à l'affichage, le pays le plus volontariste, alors que la France entre dans la rigueur. Ceci montre bien le manque de coordination en Europe.Ce qui explique la menace d'une rechute de la crise en France, au-delà des aspects financiers, c'est le contexte international : la croissance mondiale est particulièrement élevée, tirée notamment par la Chine qui, à grands renforts de politiques expansionnistes avoisine 9 % de croissance. Un contexte qui a des effets d'entraînement sur la France mais qui ne se traduit que par une hausse du travail intérimaire. Les perspectives s'améliorent dans toutes les enquêtes de conjoncture : industrie, services et même auprès des ménages. Les plans de relance on porté leurs fruits : Ce qui a été décidé hier profite aujourd'hui, or aujourd'hui, c'est l'inverse qui a été décidé, c'est-à-dire la rigueur !La reprise de la croissance (de -2,3 à + 0,2 soit + 2,5) est en fait trompeuse la logique à l'œuvre est plutôt celle de la reconstitution des stocks (après l'effet prime à la casse dans le secteur automobile, par exemple), mais on n'est pas sur une trajectoire de reprise des investissements et de l'emploi en ligne avec la croissance. Les conditions n'en sont pas réunies :• Les capacités de production ne sont utilisées qu'à hauteur de 70 %, en conséquence, il n'y a pas de raison d'investir ;• Le taux d'autofinancement est faible et si le taux « banque centrale », c'est-à-dire celui accordé aux banques, est faible, en revanche, les banques prêtent à des taux élevés.• Du côté de l'emploi, la crise n'a pas entraîné d'ajustement brutal de la main d'œuvre, ce qui crée une situation de relatif sureffectif qui n'est pas favorable aux embauches.Globalement, le risque de récession existe sauf à relancer rapidement l'activité par des investissements porteurs d'activité et donc d'emplois : infrastructures, logement, etc. De préférence au niveau européen, où l'effet est maximal.
Documents associés, disponibles sur www.ofce.sciences-po.fr
• Lettre de l'OFCE n°324 La route vers la déflation ?, France : « stop, stock and … »,• Revue de l'OFCE n°115 La route vers la déflation ?, Zone euro : Quand l'Union ne fait pas la force, France : « stop, stock and … », fiches pays• Présentation presse
2. Les politiques publiques d'emploi ont-elles répondu aux conséquences de la crise sur l'emploi et le chômage ? Observe-t-on ou pas une rupture dans les politiques déployées par les pouvoirs publics depuis deux ans pour combattre le chômage et (ou) atténuer certaines des conséquences du sous-emploi ? Quelles leçons tirer des politiques conduites par nos partenaires européens dans ces domaines ?Jacques Freyssinet (Centre d'études de l'Emploi, ancien Directeur der l'IRES), fait remarquer qu'il y a une différence entre politiques « de » l'emploi et politiques « pour » l'emploi. Durant la période de crise, on est en fait passé par plusieurs phases :
- Sauvetage dans l'urgence et politique de relance (fin 2008 à août 2009, en gros 6 mois) ;Puis,
- Retour brutal à l'orthodoxie néolibérale.Royaume-Uni mis à part, tous les pays ont adopté la même stratégie. Une sorte de résignation s'est fait sentir car il n'y a pas eu d'opposition frontale entre partenaires sociaux. Ce qui est caractéristique aussi, c'est que le choc a été commun mais l'impact très différent selon les pays aussi bien en termes de pertes de PIB que d'emplois. Le retour à l'orthodoxie libérale est un véritable phénomène de domination idéologique. Car il ne s'agit pas seulement d'un changement de politique, mais aussi d'un changement de stratégie ; on profite de la crise pour faire avancer les mutations néolibérales : comment envisager de bonne foi qu'en menant des politiques d'austérité coordonnées, c'est le moyen de sortir de la crise ?
Pour l'analyse détaillée des politiques de l'emploi : voir l'intervention de Jacques Freyssinet en pièce jointe.
La politique allemande entre efficacité intrinsèque et politique déloyale : cette politique n'est en tous cas pas généralisable. Que faire alors ? La politique des grands travaux est efficace (il est étonnant qu'elle ait été écartée des projets du grand emprunt) mais trouverait plus d'efficacité à la dimension de l'Europe. Quant au partage du travail, il est déjà plus étendu qu'on ne le croit, en particulier par l'extension du travail partiel (en Allemagne en particulier). Néanmoins, il y a peu de chances que ces politiques trouvent un regain d'intérêt à ce niveau.
3. Des propositions syndicales concrètes : analyses et remèdes de la Confédération européenne des syndicats (CES)Ronald JANSSEN brosse d'abord un tableau de la crise.La croissance en Europe ne sera que de + 1,8 % en 2011 et + 2% en 2012 : la reprise est donc avérée mais après – 4 % ne se stabilise pas à un niveau très spectaculaire et ne compense pas la perte de production ni le coût en emplois. Le taux de chômage resterait en 2012 à 9,2 % montrant une persistance du chômage de masse.Plusieurs menaces pèsent sur l'Europe :• L'austérité budgétaire qui se traduit par une réduction de 7 à 8 % sur 2 à 3 ans pour parvenir à l'ajustement budgétaire. Globalement, c'est un effort équivalent à 6 % de PIB pour revenir à 3 % de déficit ; 9 % pour parvenir à 2,5 % ;• L'austérité monétaire : la BCE maintient des taux d'intérêt positifs ;• L'austérité salariale avec 1% seulement de hausse annuelle moyenne, c'est-à-dire une quasi-stagnation, tandis que la précarisation s'accroît.
Le taux d'épargne demeure élevé en Europe, ce qui laisse espérer un potentiel de transformation en capital productif.Quelles propositions de relance ? La relance par un seul pays parait illusoire et peu durable. Les préconisations doivent donc être européennes :1. Mutualiser 60 % de la dette européenne (ce qui correspond au critère de Maastricht), soit 6000 milliards d'euros qui constituent une masse inattaquable à la spéculation ;2. Lancer un plan de relance de 600 à 700 millions d'euros dans les pays qui en ont le plus besoin par le biais d'un budget européen permettant des transferts, ce qui contribuerait aussi à la réduction des déficits ;3. L'objectif de ramener les déficits budgétaires à 2,5 / 3 % est maintenu mais à l'horizon 2016 – 2017 ;4. Lancer une politique fiscale européenne englobant l'impôt sur les sociétés et une taxe sur les opérations financières spéculatives.
Les débats ont fait apparaître l'importance du niveau européen comme outil efficace de lutte contre la crise. Il a fallu que la crise, d'une ampleur inégalée, survienne pour rappeler que l'outil existe. Néanmoins, si on peut se réjouir que des compromis européens aient pu naître, on n'assiste pas pour autant à une montée de la coopération. La solidarité européenne est elle-même ambiguë : le sauvetage financier de la Grèce est aussi une garantie pour les fonds grecs financés par les banques allemandes et françaises !
