Les inégalités à l'école
Sommaire
Xavier Nau, rapporteur (groupe CFDT)
Saisine
Chaque année, 140 000 jeunes sortent de leur scolarité obligatoire sans aucun diplôme et sans aucune formation à un emploi. Parmi eux, 100 000 sortent du CM2 sans avoir acquis les connaissances de base (lire, écrire, compter).Le bureau du CESE a confié un rapport et un projet d'avis à la section de l'éducation, de la culture et de la communication (auto saisine du 22 février 2011).Il a été notamment demandé à la section d'examiner : - les évolutions nécessaires de l'organisation administrative et pédagogique des cycles scolaires
- le fonctionnement des établissements scolaires
- les moyens nécessaires pour développer la mixité sociale au sein des classes et des établissements
- l'accès aux pratiques artistiques et culturelles.
La section élaborera des propositions visant à faire évoluer le système scolaire pour en renforcer l'efficacité au service de la réussite de tous les jeunes.
Le projet d'avis a été voté le 13 septembre 2011.
Déclaration de l'UNSA
L'UNSA considère que ce sujet des inégalités à l'école est une question centrale pour toute la société et qu'il traverse déjà les futures échéances électorales.L'UNSA partage le constat que l'échec scolaire est étroitement lié à l'origine sociale des élèves. L'origine sociale détermine souvent le lieu d'habitation et le choix de l'établissement. Ce qui, dans le jargon administratif, s'appelle la carte scolaire avec tous les débats autour de cette notion.S'ajoutent aussi à ces inégalités des phénomènes de discrimination qui excluent encore un peu plus des milliers de jeunes du système éducatif.Ces questions ne sont pas nouvelles, mais jusque dans les années 1990, le système éducatif français contribuait à corriger ces inégalités par l'école. Ce phénomène, à partir des années 1990, s'inverse : les inégalités sont renforcées par l'école elle-même.L'UNSA considère qu'un certain nombre d'erreurs d'orientation - voire de fautes graves - concernant notre système éducatif méritent d'être relevées :
- des réformes fondamentales inabouties concernant l'éducation prioritaire et le socle commun de connaissances et de compétences ;
- une orientation scolaire en difficulté qui reproduit souvent les inégalités ;
- une baisse des moyens drastique, illustrée par l'application de la fameuse règle du non remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite ;
- et enfin l'absence, depuis trois ans, de toute formation réelle des enseignants, enseigner ne serait pas un métier.
Nous constatons d'ailleurs qu'ensuite, dans le monde du travail, 15 % des salariés sont victimes d'illettrisme. L'avis a le mérite, dans des termes peut-être plus modérés, de traiter ce constat et de proposer des préconisations qui, si elles étaient mises en place, devraient améliorer le système éducatif afin de permettre à chaque élève d'atteindre un socle commun de connaissances et de compétences, l'école républicaine jouerait son rôle.C'est pourquoi, le groupe de l'UNSA exprimera d'emblée son accord global avec l'analyse et les préconisations formulées dans l'avis qui est aujourd'hui soumis au Conseil, chacun sait bien qu'à un moment donné des discussions plus poussées - et pas seulement plus techniques - devront être organisées entre les pouvoirs publics et les différents acteurs du système éducatif. Il faut donc en rester à l'essentiel.
L'UNSA considère que l'état des lieux dressé par l'avis est globalement juste. L'UNSA, de même, approuve dans l'ensemble les préconisations qu'il formule. Il faut être clair : le système éducatif français porte encore les stigmates du lycée napoléonien dont témoignent encore les dénominations des classes de la « sixième » à la « terminale ». Or, les lignes de partage ont changé. Il y a aujourd'hui trois temps dans la formation :
- Celui de la formation initiale obligatoire, celle du « socle commun de compétences et de connaissances », allant de l'école maternelle - dont l'avis souligne l'importance du rôle, en particulier pour les 2-3 ans - à la fin de l'actuelle classe de troisième.
- Celui de la formation initiale diversifiée, avec d'une part une finalité d'insertion professionnelle immédiate pour le baccalauréat professionnel, sans que cela exclut la poursuite d'études à partir de celui-ci, et d'autre part avec une poursuite d'études dans tous les cas pour les formations générales et technologiques jusqu'à un niveau qui devient aujourd'hui celui de la licence, quelle soit générale ou professionnelle.
- Celui de la formation continue, de l'éducation permanente, voire de l'éducation récurrente qui, au minimum, doit s'appuyer sur les compétences et connaissances relevant du socle commun.
Nous ne sommes plus dans le couple « formation initiale/formation continue » qu'esquissaient les accords de juillet 1970 et la loi de 1971. Il faut résolument passer à la conception d'une société éducative, rendant possible pour tous, avec un souci de justice sociale, l'éducation et la formation tout au long de la vie. C'est à juste titre que l'avis insiste, dans la lutte contre les inégalités, sur l'importance du socle commun, cette éducation fondamentale au sens étymologique, au sens fort du terme.
Nous dirons également notre accord profond sur deux points :
- Le premier est la question centrale de la formation des enseignants. Le diagnostic est posé. L'avis fait, comme l'UNSA, le choix d'affirmer qu'enseigner est un métier et qu'un métier s'apprend, là aussi, tout au long de la vie.
- Le second point est celui des territoires. Signataire de « l'Appel de Bobigny » avec d'autres syndicats, associations et le réseau des villes éducatrices, l'UNSA estime indispensable que se développent, dans le respect des missions et des compétences de chacun, des synergies entre les structures de formation, les collectivités, mais aussi tout ce que peut apporter l'éducation informelle, notamment au travers de l'éducation populaire. Cela implique la correction des inégalités territoriales. Dans une société de l'éducation tout au long de la vie, le pays a besoin de « territoires apprenants ».
L'UNSA a voté l'avis.
Résumé des débats du CESE
Dès la constitution de la section Éducation, Culture et Communication, et suite aux résultats de l'enquête PISA 2009 et au constat que 18% des jeunes quittent le système scolaire sans diplôme représentant 40% des jeunes au chômage, la question des inégalités à l'école s'est imposée à la section. La saisine est limitée au périmètre de la scolarité obligatoire dans ses constats et préconisations, qui ont fait l'objet en parallèle d'un rapport sur le sujet.Les inégalités sociales et culturelles, associées à des clivages territoriaux à l'origine d'inégalités de réussite, ne sont plus aujourd'hui compensées par notre système éducatif qui hérite d'une multiplication de réformes mal mises en œuvre.Pour renouer avec une école ambitieuse qui assure la réussite de tous comme facteur d'insertion économique, sociale et civique, les préconisations du CESE portent essentiellement sur le système éducatif : cadre des réformes, organisation territoriale, pilotage national, autonomie des équipes éducatives, formation et valorisation des enseignants, accent sur l'école et le collège….entre autres.
Vote
Pour : 155
Contre : 4
Abstention : 21
L'UNSA a voté l'avis. Voir la déclaration de l'UNSA Voir le rapport sur les inégalités à l'école et les travaux sur le sujethttp://www.lecese.fr/index.php/rapports-et-avis/les-inegalites-a-lecole
